La transe

La transe, ayant le sens large de « passage », a longtemps été employée pour désigner un vaste ensemble d’états non ordinaires de la conscience sans distinction particulière. Cet article se réfère exclusivement à l’acceptation usuelle de l’état de conscience caractérisé par un tracé d’électroencéphalographe (EEG) compris approximativement entre 4Hz et 12Hz (ondes alpha et thêta)..

La notion de zone de transition liée à l’étymologie du terme demeure toutefois intéressante : l’état de transe est cette plage de conscience entre la veille et le sommeil au sein de laquelle se trouvent les points de départ de multiples expériences psychonautiques et énergétiques — le rêve lucide depuis l’état de veille et la projection de conscience sont parmi les plus notables. De façon plus simple, on peut qualifier la transe d’état intermédiaire entre la veille et le sommeil, durant lequel le corps est « endormi » alors que la conscience reste éveillée. Cette dernière idée doit être entendue avec précaution, car sa mécompréhension courante mène à des multiples errances en pratique : la conscience demeure éveillée car capable de rester en contact avec le monde extérieur ; toutefois, le mode de perception peut être assez différent du fonctionnement vigil habituel, tout spécialement lorsque le pratiquant approfondit l’état jusqu’à des niveaux de fonctionnement cérébral très ralenti (tracés EEG inférieurs à 5Hz).

De façon pratique, expérimenter la transe n’a rien de complexe. Chacun a pu le faire à de nombreuses reprises à l’endormissement ou au réveil, sans forcément en garder un souvenir précis, ou en abrégeant sans même y porter attention cet état qui n’est pas toujours confortable. Entrer en transe légère volontairement est relativement aisé, et une pratique régulière permet rapidement d’atteindre des états profonds, plus proches de la limite du sommeil. La technique de base ci-dessous ne nécessite aucune compétence particulière. Elle est fondée sur un exercice cénesthésique (sensation tactile) de chute interne, mais d’autres méthodes peuvent être employées, utilisant l’audition, la vue, etc. Sa force tient avant tout dans sa simplicité et son efficacité.

- Allongez-vous dans votre lit (ou asseyez-vous dans un fauteuil), en maintenant un léger inconfort si vous êtes prompts à l’endormissement. Portez si possible des vêtements assez amples pour permettre une bonne circulation sanguine. Ils doivent toutefois être suffisamment chauds pour pallier à la légère perte de température corporelle qui survient au cours de l’expérience, principalement due à l’immobilité mais aussi à l’entrée du corps dans son mode de fonctionnement nocturne. Il n’y a aucun risque à craindre, il s’agit simplement d’une mesure de confort.

- Concentrez votre attention sur votre respiration ventrale pendant quelques minutes, en vous détendant à chaque cycle d’inspiration et d’expiration. Sentez vos muscles se relâcher un à un et s’enfoncer dans une agréable torpeur. Restez attentifs aux mouvements de votre abdomen, montant et descendant lentement au rythme de la respiration.

- Tout en restant parfaitement détendus, ressentez votre corps sombrer en arrière. Imaginez que vous chutez sur le dos d’un gratte-ciel ou d’une immense falaise. La descente n’en finit pas, vous sentez l’environnement défiler rapidement autour de vous et ressentez clairement la chute. Cet exercice doit être soutenu pendant plusieurs minutes. Vous ressentez alors réellement une forte sensation de chute interne, votre corps est comme électrisé et pourrait se tendre légèrement. Laissez-le faire, mais continuez d’imaginer la chute avec toute votre attention.

L’état de transe se manifeste plus ou moins rapidement durant cet exercice. Il se caractérise notamment, suivant son degré de profondeur, par différentes sensations et perceptions, parmi lesquelles : l’impression d’être enfoncé au loin dans son corps, une vision intérieure en trois dimensions (la perception de se trouver au sein d’un vaste espace interne), la mobilité aisée et fluide du point de conscience dans le corps, l’expansion plus ou moins prononcée du corps énergétique (qui peut arriver soudainement sous la forme d’un fort frisson prenant tout le corps), diverses sensations énergétiques, des hallucinations auditives ou visuelles, une sensation de chaleur parcourant l’ensemble du corps, une forme de lenteur interne parfois désagréable, l’impression que les pensées sont des éléments extérieurs à notre centre de perception, une sensation de flottement plus ou moins prononcée, des MOR — Mouvements Oculaires Rapides (sensation de vibration des paupières due à des mouvements involontaires des yeux), etc. Généralement, on retrouve plusieurs de ces éléments simultanément. Alors que le glissement en transe légère peut être subtile, le passage en transe profonde est souvent soudain et très notable, comme un malaise ou une faiblesse interne qui nous prendrait subitement, accompagné souvent d’une modification de l’écran mental. Se maintenir dans un état de transe avancé n’est pas toujours agréable, il convient donc de résister à la tentation d’abréger l’expérience en bougeant un membre, même si l’on peut temporairement remonter à un état de transe plus léger par mesure de confort.

Le pratiquant peut à partir de là entamer d’autres exercices visant à projeter sa conscience, à entrer en rêve lucide, à développer certaines capacités de visualisation ou autre, y compris opérer un travail énergétique plus poussé. Pour ce dernier point, il est à noter toutefois qu’un état de transe profond n’est pas conseillé car l’expansion du corps énergétique l’accompagnant rend très souvent ce type d’exercice plus difficile, la conscience ayant moins de prise sur la structure énergétique corporelle. Un état de transe léger ou intermédiaire est par contre parfaitement indiqué.

Sortir de la transe est très aisé et rapide ; il convient simplement de cesser les éventuels exercices pratiqués, comme la chute interne, et de remuer les membres. La sensation peut être similaire à celle d’un réveil matinal, avec un léger engourdissement du corps et l’impression d’émerger de loin. Certains ressentis perdureront parfois jusqu’à quelques dizaines de minutes durant les premiers essais, incluant de légers vertiges, une pression sur la poitrine, diverses manifestations physiques (dans mon cas, la sensation parfaitement nette d’avoir les doigts plongés dans des billes), de petites vibrations localisées, etc. Cela ne doit pas être une source d’inquiétude et disparaît rapidement avec la pratique.

Avec le temps et l’entraînement, l’entrée en transe est plus rapide car le corps s’habitue aux exercices et y répond plus vite. De plus, il devient possible de déplacer ses membres, voire son corps entier, sans interrompre le processus. Cela s’avère très utile en cas de picotement à gratter ou d’envie naturelle à soulager lors de longues séances. Il convient simplement de bouger très lentement en maintenant son attention concentrée sur la transe, en augmentant la difficulté très progressivement. Cela permet également de pratiquer diverses techniques nécessitant un état de transe tout en conservant une liberté de mouvement ou une position inconfortable requérant une tension musculaire.